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Thursday, April 14, 2005


En latin, Moratorius vient de Morari qui signifie retarder. En français, tout comme dans les autres langues qui ont intégré ce vocable dans leur lexique, l'acception que l'on a d'un moratoire est une suspension volontaire d'une action, un délai que l'on s'accorde avant de reprendre une activité. Pourquoi parler de moratoire ? J’y viens.
Retour en arrière : lors de l’émission 100 minutes pour convaincre sur France 2 le 20 novembre 2003, Nicolas Sarkozy s’opposait à Tariq Ramadan au sujet du voile à l’école. Le ministre de l’Intérieur avait clairement marqué des points face à l'intellectuel musulman (c’est ainsi qu’il se définit lui-même), professeur d'Islamologie à l'Univesité de Fribourg, en l’assénant d’arguments difficilement réfutables au regard de la législation française et de la notion de laïcité qui préside à la pratique des cultes dans l’Hexagone. Des points, Tariq Ramadan n’en avait marqué aucun. Pire, il s’était fourvoyé en proposant un moratoire sur la lapidation des femmes dans les pays où est appliqué la Charia.

Jusqu'à cette soirée-là, sans être pour autant en accord avec les idées développées par Tariq Ramadan ici et là (articles de presse, émissions télévisées, radio), je dois avouer que je me réjouissais de voir enfin un supposé intellectuel arabe et musulman tenir le haut du pavé face à d’autres supposés intellectuels. Non pas par panarabisme ou par un quelconque sentiment d’appartenance à une cause commune, loin de là. Non, simplement par souci d’équité médiatique : trop de choses se disent sur le dos des arabes et musulmans sans que jamais (quasiment) une voix intelligente s’élève pour briller par une argumentation éclairée afin d’enrichir le débat. Tariq Ramadan savait le faire, brillamment, au point de devenir une sorte de héraut de l’Islam modéré en Europe (tout au moins en France et en Suisse). Plébiscité pour son ouverture constructive au dialogue interreligieux par des hommes politiques qui n’hésitaient pas à s’afficher à ses côtés et à le convier à leurs manifestations (certains verts en France, altermondialistes, rédacteurs du Monde Diplomatique), il était en même temps vilipendé par de nombreux détracteurs. Accusé, à juste raison parfois, de démagogie et de double discours (souvent modéré à l’écran et sur le papier, extrémiste lors de ses conférences et réunions associatives notamment en banlieue parisienne), on allait jusqu'a lui reprocher son ascendance (car petit-fils de Hassan Al Banna, fondateur de la Confrérie des Frères Musulmans).
Les icônes médiatiques françaises n’y sont pas allées de main morte à son encontre. Bernard-Henri Lévy, pour ne citer que lui, s’en est donné à cœur joie à plusieurs reprises avant et après ce 20 novembre 2003 dans les colonnes du Point. Caroline Fourest, fondatrice de la revue ProChoix, a sonné le glas à sa façon dans son brûlot publié en octobre dernier, Frère Tariq : Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan. Sur 420 pages, elle décortique les citations, les références et les témoignages afférents à Tariq Ramadan pour le hisser sur l'échafaud de l'imposture et de l'extrémisme. Trois mois plus tard, Aziz Zemouri tente d'apporter un nouvel éclairage dans son Faut-il faire taire Tariq Ramadan? Les deux ouvrages foisonnent d'informations pertinentes (parfois partiales), mais ne mettent pas vraiment fin à la polémique, qui a connu un certain paroxysme d'ailleurs lorsque Tariq Ramadan est devenu persona non grata aux Etats-Unis (Daniel Pipes y aura bien contribué - il a son blog lui aussi...).

Seulement voilà, la polémique, Tariq Ramadan semble l'apprécier. Il refait donc surface avec une nouvelle écharde: le 30 mars dernier, sur son site internet, repris depuis par quelques journaux et sites web (entre autres Le Monde, La Vanguardia, Truthout, No Spank - pas trop de bruit finalement, l'actualité ayant été assez focalisée sur le décès du Pape, de Rainier, la Consitution Europénne ... au point d'occulter même un tremblement de terre en Indonésie), il persiste en lançant un "Appel international à un moratoire sur les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort dans le monde musulman". Certains lui ont reproché d'interdire le licite autorisé par le Divin (sic). Il est depuis revenu sur le sujet, notamment lors d'une chronique audio le 10 avril dernier et dans un dialogue publié aujourd'hui sur son site, se justifiant et expliquant l'intérêt d'ouvrir le débat.
A chacun de se faire sa propre idée, mais je pense que c'est l'erreur de trop de Tariq Ramadan qui s'est à mes yeux définitivement discrédité. Ouvrir le débat est une démarche positive. Ne pas prendre position en laissant les extrêmes s'affirmer, c'est très grave. Tariq Ramadan maîtrise parfaitement la langue française, il y excelle même. User du terme moratoire n’est pas fortuit, mais fait partie d’une stratégie de communication bien mûrie. Moratoire pour quoi? Pour laisser la possibilité de reprendre les châtiments corporels et la lapidation après le débat qu'il souhaite? Au regard de son ascendant intellectuel sur bon nombre des ses lecteurs et auditeurs, il est très regrettable qu'il ne puisse pas trancher en proposant de mettre tout simplement fin définitivement et sans conditions à de telles pratiques inhumaines et d'un autre âge. A moins que ce ne soit pas son objectif, et qu'il ne soit pas si progressite ni modéré qu'il le prétend.
 
posted by Amine at 9:00 AM |


16 Comments:


At 4/14/2005 02:13:00 PM, Anonymous Ayoub

Bonjour Amine,

Je suis content de te relire .. après ta longue absence.

Tu as choisi un sujet très sensible, toujours d'actualité, et pour peu que les gens soient intéressées, cela risque de créer la polémique.

Tout d'abord, je veux revenir sur certaines choses : la première est cette fameuse émission 100 minutes pour convaincre. Je l'avais dit, de façon sommaire (voir sujet : niveau de débat) , cela ressemblait beaucoup plus à du dénigrement qu'à un débat en soi. Sarkozy et Ramadan se connaissaient bien , dans le sens où tous les deux savaient "communiquer" dans les médias.
Donc l'ancien ministre de l'Intérieur, a joué un jeu très difficile, aidé d'ailleurs par Mazerolle (il n'y a qu'a revoir comment ce dernier se comporte avec lui dans les autres 100 minutes ... Voir l'emission Arret sur Image), je disais donc , que Sarkozy, a touché un point sensible, pour n'importe quel musulman, qu'il soit le plus cultivé , le meilleur des rétheurs, ou philospohes ... puisque il a cherché un point qui "Se base sur des textes sacrés" ..

La lapidation en est un. C'est un sujet délicat, et en France, ce pays "humaniste", tout cela parait , comme l'a dit Sarko, moyen-ageux ... cela explique aussi un peu le balbutiement de Ramadan (je dis balbutiement, parce qu'en vrai, Sarko ne laissait pas Ramadan placer un mot, à lire dans l'annexe de Faut il faire taire Tariq Ramadan ? l'opposition de ces "titans".)
Et sache, Amine que la lapidation, même si pour une grande partie de musulmans est effroyabale, personne n'oserait se prononcer contre, ou proposer des discussions à propos de son application, cela fait partie de notre hypocrisie avec nous même. Alors, je salue le Moratoire de Ramadan , parce que, même si tu as sous entendu à la fin , que cela ne servirait peut être à rien, au moins essayons, réunissons les théologiens , qu'ils discutent, et je pense que s'il y a moyen d'arrêter cette peine (d'ailleurs appliquée sur les femmes seulement , et les pauvres !!! ) , ce sera fait. Sinon, l'Islam n'est pas d'actualité, pusique la Lapidation est un acte Horrible.

La deuxième chose , qui est plutôt personnelle : Je respecte Ramadan , tout d'abord parce que, je trouve que c'est un homme de débat, et il l'affirme. Malheureusement, comme je l'ai dit plusieurs fois, les plateaux télévisés ressemblent plus à des souks, qu'à de vrais débats, on zappe les questions, on s'insulte, on se bat .. c'est pitoyabe.
Tariq Ramadan, quand on lui permet de discuter, il excelle et ne se contredit pas, peut être suis je tombé sous son charme médiatique, mais ma foi, je l'ai lu, je l'ai entendu , et je maintiens mon avis sur lui. Il n'est pas un pseudo-intellectuel, mais un vrai, qui comme tu l'as dit , a su avoir sa place, a sur se faire entendre en dépit de sa Tête d'arabe, ces arabes qui peinent depuis des décennies à s'intégrer.

Quand pourrions nous critiquer honnêtment Tariq Ramadan ? Quand y aura-t-il quelqu'un qui dicutera d'Idées et non des personnes et des faits?

Ayoub
http://www.kingstoune.com

 

At 4/14/2005 07:40:00 PM, Anonymous yasmina

Les grandes qualités d'orateur de T Ramadan et sa maîtrise de la dialectique voilent des idées souvent radicales, derrière l'éclat des mots un fond d'obscurantisme
Pas de moratoire, l'IJTIHAD ou réflexion éclairée doit faire évoluer l'Islam avec son temps!
Si on doit respecter les préceptes de l'Islam, commençons par pratiquer l'Ijtihad, trop souvent oublié et sacrifié sur l'autel de dogmes archaîques...

Ramandan? à consommer avec modération ;)

 

At 4/14/2005 08:08:00 PM, Anonymous Ayoub

Alors
si j'ai mal compris, éclairez moi.

Moratoire de la lapidation = arrêter la lapidation pendant un moment, le temps que l'on fasse l'IJTIHAD, et décide de ce qui sera fait après.

Maintenant, et sérieusement, Tariq Ramadan, Obscurantiste... peut être, ne dit on pas que 64000 répétitions font une vérité?

Je n'ai jamais assisté à ses conférences, je l'ai lu souvent, et je l'ai écouté.. et ma foi, cela était souvent intéressant. Mais, je ne peux pas juger son double discours.

Ayoub

 

At 4/15/2005 02:16:00 AM, Anonymous lebaroude

Je pense que Ramadan dépense plus d'énergie à donner une fausse apparence de modernisme à une vision archaïque de l'islam (celle des frères musulmans) qu'à proposer des solutions pour réformer l'islam, revenir à l'esprit du message coranique et en réinterpreter la lettre.
Il faut que nos oulémas arrétent de débattre sur la longueur des barbes et le nombre de cheveux qu'un hijab peut dévoiler, pour revenir à l'essentiel : message d'amour de l'islam (oui, il faut oser ce mot).
Sinon, notre religion va se déssecher, se fossiliser et ne devenir plus qu'un catalogue de rites, d'interdits et d'obligations, sans spiritualité, et sans véritable élévation vers Dieu.

 

At 4/15/2005 11:44:00 AM, Anonymous Ayoub

Bon, je vais "défendre" Tariq Ramadan.

"Donner une fausse apparence à une vision archaique de l'islam, celle des frères musulmans... "

Si je suis égaré, éclairez moi ? , je ne comprends pas ... je l'ai lu plusieurs fois. Certes il ne "vaut" un alim , mais il propose des idées intéressantes.
Il défend en quelque sorte l'islam. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement, c'est ennuyant d'entendre tout le temps des conneries sur l'Islam, des mélanges entre des traditions abhérrantes et stupides, et de la religion.
Peut être que vous avez raison, peut être que Tariq Ramadan est un type dangereux qui n'est pas "progressiste" , mais plutôt obscurantiste ... ok!

Mais que faire alors...?

Au Maroc, comme dans les autres pays musulmans, les oulémas, comme l'a soulevé lebaroude, ne font rien, sinon discuter... et seulement discutent. Ils bénissent les dirigeants (on diraient des papes) ... et c'est tout.

Où est l'Ijtihad ... ? Nulle part.

Alors, moi, Ramadan dangereux,obscurantiste, rétrograde, intégriste, terroriste même pour les fans des émissions à la noix... je le prends... Faute de mieux. Faute de peu....

Je vous demande toutefois, sur quoi vous vous etes basés pour établir votre jugement?

Ayoub

 

At 4/15/2005 02:33:00 PM, Anonymous Yasmina

Il me semble que si T Ramadan Voulait vraiment jouer ce rôle de porte parole d'un Islam modéré et progressiste, sur un sujet tel que la lapidation, il aurait du prendre position contre,clairement et fermement, si telle était véritablement son intention
Je suis peut être simpliste mais
Je crois que certains sujets ne nécessitent pas de "moratoires" et de longues réflexions,

Ramadan? je ne prend pas! même si j'aimerai que des voix éclairées s'élevent pour qu'on arrête de stigmatiser l'Islam et qu'on démontre que c'est une religion de paix et de tolérance

Mais pour ça il faut d'abord avoir le courage de dire non aux archaismes et arrêter d'être hypocrites et de temporiser.

 

At 4/15/2005 03:05:00 PM, Anonymous Ayoub

Bonjour,
Arreter d'etre hypocrites et de temporiser. C'est important. Quand il y a quelque chose à dénoncer , faisons le.

Maintenant, concernant cette lapidation, considèrons un alim, il a une sorte de grille de lecture, c'est à dire qu'il doit s'inspirer des textes sacrés pour donner son avis dessus, en utilisant certaines méthodes (analogie par exemple).

Les musulmans savent que la lapidation existent dans la religion, pas dans le Coran, mais dans des hadiths. Comment voudriez vous que quelqu'un dise non a la lapidation et s'arrete là, il faut donner des preuves , convaincre les autres instances : Je vous invite à jeter un coup d'oeil sur le site de Ramadn, et le nombre de personnes qui se prononcent pour le maintien de la lapidation, jettez aussi un coup d'oeil sur le site d'Aujourd'hui le Maroc et vous verrez les statistiques.

C'est là où je rejoins Ramadan, dans son moratoire, où il dit qu'elle n'est pas applicable (d'ailleurs le prophete SAWS ne voulait pas l'appliquer a une femme qui venait le voir plusieurs fois) et qu'à partir de ce point -là elle devrait être annulée.

On ne décide pas ainsi ... il faut que les oulémas se réunissent, et décident.

Bon la lapidation, c'est honteux , c'est grave

Mais c'est un faux problème aussi ..elle n'est appliquée que sur les pauvres , merde alors

Il y a tellement d'autres problèmes.

Et puis, Ramadan , parce qu'il fait une ou plusieurs erreurs, est discredité, on lui fait son procès de double discours.

Tout homme politique, tout ecrivain , tout intellectuel a évolué dans son histoire, ses idées ont pu changé ou pas , a fait des faux pas.

On n'a jamais réduit au néant le travail de quelqu'un parce qu'il a fait des conneries.

Ramadan, tu ne le prends pas. :)

Moi, je le prends :) ...c'est mieux que rien. Il dit des choses intéressantes. Il dit des choses au moins. Les autres sont muselés, ou auto-muselés.

N'attendons pas un Saint... il n'y en aura pas.

Ayoub
http://www.kingstoune.com

 

At 4/15/2005 03:56:00 PM, Anonymous Larbi

Tariq ramadan est un bon orateur, il sait s’adresser aux jeunes. Il est à mon sens fondamentaliste et non extrémiste. C’est à dire il veut une application rigoureuse de l’Islam même avec ses excès.

J’aurais aimé qu’il prenne une position pour l’abolition des peines corporelles (qui sont inhumaines) et non un moratoire. Mais je crois que la majorité des musulmans n’est pas prête à cette interdiction. Il suffit d’entendre et de lire ce qui se dit dans les pays musulmans. Ca dépasse largement la personne et les postions de telle ou telle personnalité.

Peut être il adopte une démarche réformiste graduelle. Ou encore il cache son jeu. Je n’en sais rien. Les arguments des journalistes, dans un sens comme dans l’autre, me paraissent non pertinents.

Tout ce que je sais c’est qu’en matière de prédicateurs musulmans Tariq Ramadan n’est pas le plus dur. Ca peut choquer mais c’est comme ça. Les internautes arabophones peuvent facilement le remarquer sur le Net.

Bref, je me sens finalement assez proche de la position de Ayoub.

Pour revenir à la question des lapidations : des pays musulmans (Maghreb notamment) les ont abolis il y a des siècles. A ma connaissance seule l’Arabie Saoudite les maintient. Pourquoi la communauté internationale s’intéresse plus au pétrole de ce pays qu’aux atrocités qui s’y exercent? C’est à mon sens la vraie question.

PS : Félicitations Amine pour la très grande qualité de ton billet.

 

At 4/18/2005 05:49:00 AM, Anonymous Anonymous

petite precison"la lapidation concerne non pas seulement les femmes mais aussi les hommes"

faut pas regarder trop France2 ca pue la bas!!!;)

 

At 4/19/2005 05:01:00 PM, Blogger Karim

Dear Amine,

I think all of us here know how controversial a figure is Tariq Ramadan. This is someone who is equally disliked by our "religious right" (i.e. the salafis), by the "traditional right", i.e. people like the Muslim Brotherhood (despite the attempts of French media to induce us into believing the contrary), and by the leftists (i.e. the secularists). When I read articles on him written by his detractors (and you, to a large extent, did this in your piece too), people tend to focus on what they perceive as his "pitfalls" (according to their own, personal, often unorthodox or wishful interpretation of Islam), and do not care to mention also his more progressist positions in favor of democracy and secularism, nor do they care to note his fierce criticism of obscurantist and totalitarian dictatorships in the Arab world. I personally think that, in fairness, one should be very careful when trying to judge the action of as controversial a figure as TR, and not be subject to the usual "cliches" articulated in the French media. When you say: "Accusé, à juste raison parfois, de démagogie et de double discours (souvent modéré à l’écran et sur le papier, extrémiste lors de ses conférences et réunions associatives notamment en banlieue parisienne)", do you have any evidence to substantiate this alleged extremism? The way you phrased it means that you must _certainly_ have firsthand knowledge or have personally witnessed extremist views formulated by the Swiss intellectual. Could you please give your readers an idea of what these extremist views were? I have very often read this charge in French media (which everybody knows all too well how biased it is against any "non-republican" interpretation of Islam, whatever that means), and nobody has ever cared to give any piece of evidence to substantiate it. To me, the fact that TR has been invited to be a Visiting Professor at a prestigious american university is a clear indication that the faculty and administration of that institution did not give any credit to the ramblings of French journalists about the alleged extremism of TR in "private meetings" in the parisian suburbs. And please, please, don't cite the annulation of TR's visa: we all know who are the poeple behind this infamous episode. These are the same people who are planning for the perpetual US dominance of the world (I am sure you know about the PNAC - the Project for a New American Century), who are bent on silencing any voice that challenges this dominance, and who have waged a war in Congress to hijack freedom of expression and remove all anti-imperialist (e.g. Edward Said's) books from the curricula of american schools and universities.

I will be looking forward to hearing from you.

 

At 4/20/2005 05:41:00 AM, Blogger Jallal

Tariq Ramadan n’est pas un citoyen ordinaire, c’est un intellectuel qui a aujourd’hui une grande influence en Europe et en France en particulier. Il commence aussi à se faire entendre dans d’autres coins du monde. Il serait donc très maladroit, vu sa position, qu’il se prononce contre les châtiments corporels sans préavis. Une telle position le condamnerait pour toujours dans les pays ou ces châtiments se pratiquent. Tariq ramadan n’est pas intéressé par offrir un discours sexy, à la manière d’un Dallil Boubakeur par exemple, plaisant à Sarkosy ou un autre, et se faire rejeter par le monde musulman. Ce n’est pas son objectif. Il ne veut pas jouer au « progressiste éclairé » mais veut faire évoluer le monde musulman même si cela prend des générations. Il n’est pas intéressé par les honneurs de la République française. Il veut aller progressivement pour réussir à installer un débat inexistant jusqu'à maintenant dans le monde arabo-musulman. Quand j’entends parler du double discourt, j’ai l’impression de me retrouver encore sur Le Point ou France Télévision. Il est navrant de voir qu’un BHL ou un Adler font école de cette façon. Quel double discours ? Est-ce que des gens aussi sérieux et réputés que Alain Gresh, Vincent Gueisser, Xavier Ternisien, les responsables de Politis.fr et j’en passe se sont tous laissés tromper par Tariq Ramadan au point qu’ils ne se rendent pas compte de son « double discours » ? Time, le magazine américain, est-il devenu il y a quelques années un magazine adepte de l’obscurantisme en désignant Tariq comme le Martin Luther King de l’islam ? Toute la propagande à laquelle on assiste aujourd’hui a été déclenchée par le réseau BHL suite à l’article de Tariq sur les nouveaux penseurs communautaristes. Nous pouvons être d’accord ou pas avec Tariq Ramadan, mais il est désolant de voir se répéter les termes « doubles discours », «obscurantisme », etc. comme si nous n’avions jamais entendu parler de l’Islam. Nous connaissons tout de même les versets « polémiques » qui existent dans le Coran. En conséquence, nous devrions juger à sa juste valeur la difficulté rencontrée par un réformateur pour expliquer ces versets dans leur contexte à un monde musulman qui vit dans l’agonie depuis des siècles.

Merci Amine et à vous tous pour cette discussion fort intéressante.

Jallal

 

At 4/20/2005 10:42:00 PM, Anonymous Zed0

Salut
J'ai brievement lu ton texte sur ce sujet. Je t'invite a visiter mon blog sur

http://les13verites.blogspirit.com/
ou j'aborde le meme theme.

Je reviendrai sur ton site pour lire posement ton texte, les commentaires et participer au debat.

Merci
Zed

 

At 4/23/2005 04:56:00 PM, Anonymous Zed0

Je ne vais pas prendre position sur les propos de Ramadan et les revers don’t il est la cible, car je n’ai ni vu cette emission, ni entendu ses discours ici en Angletterre. Par contre j’ai lu beaucoup d’articles de presse sur lui et beaucoup qui le fustigent (a raison ou a tort?).

Je crois sincerement que Sarkozy et le gouvernemnent ont fait beaucoup depuis 3 ans pour tenter d’islamiser tous les problemes lies a l’immigration. Sarkozy en particulier, et ses discours opportunistes ont fait enormement pour developer ce communautarisme (arabo-musulman et juif) que l’on redoute tant.

Ramadan, quelle aubaine pour Sarko.

Ramadan, qu’il soit tombe dans un jeu de manipulations politico-mediatique bien plus puissant que lui et ses discours ou bien qu’il ait trouve la, une opportunite pour devenir un homme public et developer ses pensees, je me pose encore la question.

Son article “Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires” en 2003, a ete le declic de cet acharnement mediatique sur la personne. On s’en ait pris plus a sa personne qu’a son article ou ses pensees. On lui meme reproche son prenom dans un article du Monde, jadis celui d’un conquerant musulman.

J’aimerait qu’on s’enprenne avec autant de vigueur et qu’on decortique les pensees de Glücksman, Adler ou encore Alain Finkielkraut qui avait salué le livre islamophobe d'Oriana Fallaci, (La rage et l'orgueil) ou il est ecrit que les musulmans « se multiplient comme des rats », Finkielkraut, lui declarait sur “Le Point” le 24 Mai 2002 que l’auteur « regardait la réalité en face ».

Je ne pense sincerement pas que le probleme se reduise a un simple probleme musulmans-juifs, par contre beaucoup de gens font en sorte que cela le devienne et que ces deux communautarismes se developpent.

 

At 4/25/2005 08:52:00 AM, Anonymous Hicham

J'adore cette photo.
:-)

 

At 4/26/2005 11:38:00 AM, Anonymous Sanaa

D'abord, je souhaiterais te féliciter Amine pour la qualité de ton post. Tu as toujours su provoquer des débats ''chauds'' ;-)
Je n'ai pas vu cette émission, mais ces débats houleux à propo de l'Islam et des religions en général m'irritent un peu. Certaines choses sont inacceptables pour certains et évidentes pour d'autres. Alors pourquoi ne pas laisser chacun vivre ou rejeter sa religion comme il l'entend? C'est ce genre de débats et de discours démagogues et politioques (que ce soit ramadan, sarkozy ou un autre) qui développent le racisme et la haine. Moi je dirai tt simplement que la religion est une affaire purement personnelle que nous politisons à travers ces débats.

 

At 5/10/2005 11:22:00 PM, Anonymous Ayoub

Lu sur www.TariqRamadan.com

Réponse du muftî d’Égypte, Dr. Alî Jum’a,

à l’appel du Dr. Tariq Ramadan





La question de l’application de la sharî’a doit être comprise de manière plus globale que sa restriction à la seule application des hudûd punitives à l’endroit des crimes majeurs tel que cela est répandu dans le discours contemporain, que ce soit chez les musulmans ou non. En effet, l’application de la sharî’a recouvre plusieurs aspects et contient plus d’un niveau à prendre en considération. Il n’est pas juste d’affirmer que la sharî’a n’est pas appliquée dans un quelconque environnement par le seul fait que certaines des prescriptions n’y sont pas appliquées dans le quotidien puisque ces écarts ont été perpétués, à des degrés divers, tout au long de l’histoire islamique et dans tous les pays musulmans. Aucun savant musulman n’en tire pour autant la conclusion que ces pays sont sortis du giron de l’islam ou qu’ils n’appliquent pas la sharî’a. Il n’est d’ailleurs pas exagéré de prétendre que l’expression « application de la sharî’a » est une expression contemporaine.



Des réalités qu’il est impératif de connaître



1.

La sharî’a comprend tout ce qui est relatif à la foi et à la vision globale selon laquelle cet univers est produit par un Créateur, que l’être humain est tenu d’appliquer des prescriptions légales qui qualifient ses actions et que cette responsabilité fut établie par la Révélation que Dieu a transmise au travers de Ses messagers et de Ses livres. De même qu’elle (la sharî’a) comprend un jour du jugement en vue de la rétribution ou du châtiment, un droit et une jurisprudence (fiqh) qui régulent les comportements individuels, collectifs et sociaux, ainsi qu’un système éthique, des orientations pour l’éducation, des méthodologies de réflexion et d’appréhension de la révélation coranique et de la tradition prophétique comme du réel que celui-ci se modifie, se transforme ou se complexifie.



2.

La question des hudûd comprend deux dimensions : le premier aspect est la conviction que ce système de châtiments est justifié par son efficacité coercitive contre des crimes dont sont confirmés le caractère ignominieux, l’influence néfaste sur la société des hommes et l’intime refus de leur exposition. Cela s’établit, de plus, sur la conviction que ce système de sanction n’est ni injuste ni violent en soi. Le second aspect tient au fait que la loi islamique a prévu des conditions pour l’application de ces hudûd, de même qu’elle a prévu des situations et des états afin de les surseoir ou de les suspendre. Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, ou que ces situations et ces états ne sont pas établis, toute application de ces hudûd, en l’absence de ces derniers, est considérée comme une transgression de la sharî’a.



3.

Qui se penche profondément sur les textes juridiques réalise que la sharî’a n’a pas fait des hudûd l’instrument d’une vengeance, mais le moyen de la prévention du crime avant que celui-ci advienne de même qu’il perçoit que le système légal islamique s’intéresse davantage au pardon, à la clémence et à couvrir les fautes qu’à l’application des peines et des châtiments. Les textes sont nombreux en ce sens et ne se contredisent pas.



4.

Pendant plus de mille ans, aucune application des hudûd n’a eu lieu dans un pays comme l’Égypte. La raison en est que les conditions légales prévues par la sharî’a n’ont pas été réunies, celle-ci ayant stipulé des moyens précis quant à la présentation des preuves ainsi que la possibilité de revenir sur la décision. Le tout étant compris dans la parole du Prophète (que la paix soit sur lui) : « Évitez (l’application) des hudûd en situation de doute [vous appuyant sur les doutes] » de même que la parole de Umar ibn Abdul-Azîz : « Il vaut mieux me tromper mille fois dans le pardon que de me tromper dans l’application d’une sanction. »



5.

Il se peut que l’époque soit décrite comme une époque qui fasse que l’exception soit appliquée de manière générale, alors que par sa nature même d’exception elle ne devrait être appliquée que de façon restrictive. C’est pour cette raison que l’époque fut décrite comme une époque de nécessité (darûrah), de doute (shubha), d’épreuve et de sédition (fitna) et d’ignorance (jahâla), ce qui ne peut qu’affecter la décision juridique. Ainsi, la situation de nécessité (darûrah) permet l’interdit (mahdhûr), même s’il se généralise ou se perpétue. C’est pourquoi on a permis l’inhumation dans les bassins surélevés (fisâqî) malgré leur interdiction dans la sharî’a. Le doute (shubha) autorise la suspension de la sanction tel que Umar ibn Al-Khattâb l’a pratiqué dans l’année de sécheresse et de famine : le doute s’y était généralisé au point que la condition pour l’application du jugement était absente. Il en fut de même de l’imam Ja’far As-Sâdiq, d’Al-Karkhî parmi les hanbalites et d’autres qui ont invalidé l’interdiction de regarder les femmes peu vêtues dans les régions correspondant alors à l’Ouzbékistan et l’Afghanistan actuels (mâ warâ’ al-nahr) parce qu’elles ne portaient pas le foulard et qu’il était difficile, voire impossible, de baisser le regard. Par ailleurs, l’imam Al-Jûwaynî décrit dans son Al-Ghayyâth la situation de l’époque de l’ignorance de manière très détaillée lorsque manquera le juriste assidu (mujtahid), puis le savant de la sharî’a, puis les sources de celle-ci : que feront donc les gens de cette époque ?



À cela se rattache ce que les savants spécialistes des fondements du droit et de la jurisprudence (al-usûliyyûn), tel qu’Al-Râzî dans Al-Mahsûl, ont appelé dans leurs livres « l’abrogation rationnelle » qui est la conséquence de « l’absence de la condition dans [l’application] du jugement » - cette dernière expression est plus appropriée pour préciser qu’il n’est pas permis à la raison d’abroger les règles établies et définitives mais qu’il est possible à la rationalité humaine de ne pas appliquer une loi ou un règle si les conditions de son application sont absentes L’injonction de se laver les mains jusqu’aux coudes pour les ablutions rituelles ne peut plus être appliquée si la main a été coupée. Il en est de même pour les injonctions qui se fondent sur l’existence de l’esclavage, du grand califat ou de l’or et de l’argent tels qu’entendus dans la sharî’a. Les exemples en ce sens sont nombreux...



6.

Afin de parvenir à l’application du jugement légal, à ce que Dieu en a voulu et à Son obéissance ainsi qu’à celle de Son messager, il nous est impératif d’appréhender la réalité (al-wâqi’). Dans la tradition (hadîth) d’Ibn Hibbân cité dans son recueil de traditions authentiques relatant l’exhortation de David, il est dit que « le croyant doit être conscient de ses affaires et connaisseur de son temps. » Dès lors, les juristes ont déclaré que les décisions juridiques changent avec les époques si celles-ci sont fondées sur les coutumes (voir l’article 90 de la revue des décisions judiciaires). C’est en ce sens que l’école juridique hanafite a permis dans le domaine des affaires et dans les contrées non musulmanes, d’établir des contrats considérés comme interdits [en terre d’islam] : ainsi, les décisions juridiques changent également en fonction du lieu. La règle qui stipule que : « Les nécessités autorisent les interdits » et qui provient de la parole divine « ...celui qui fut contraint sans préméditation... » établit que le jugement en question change à cause du changement de situation. Il en est de même du changement des décisions dû au fait du changement des individus. Ainsi, les règles relatives à la personne vivante diffèrent de celles relatives à la personne morale qui, elle, n’est pas vivante. Ces quatre critères (le temps, l’espace, les personnes et les situations) sont celles qu’a évoquées Al-Qarâfî comme étant les causes de changement à prendre en compte au moment d’appliquer les jugements sur le terrain de la réalité.



7.

On peut présenter les expériences des États musulmans contemporains par rapport à la question de l’application des hudûd.



1.

Dans le cas de l’Arabie saoudite qui applique directement les hudûd sur la base d’un système judiciaire qui ne s’appuie pas sur une législation codifiée sous forme d’un code pénal. Cette application saoudienne est bien établie dans la mesure où il n’existe aucune revendication ou tendance importante appelant à son abolition, son arrêt ou sa suspension. Et cela malgré des appels de la part de certains opposants au pouvoir politique qui demandent un resserrement des procédures et qui qualifient le régime actuel d’injuste et de transgresseur des droits de l’homme.



2.

Les cas du Pakistan, du Soudan, d’une province nigériane, d’une province de Malaisie et de l’Iran, dont les lois font explicitement référence aux hudûd : dans les faits ces lois ont été suspendues au Pakistan, au Soudan à l’époque de Numeiri, de même qu’en Malaisie et en Iran. En revanche, elles sont appliquées dans la province nigériane, mais de façon extrêmement partielle. Au lieu de l’application du hadd (singulier de hudûd), il est plutôt commun dans ces pays de pratiquer le ta’zir[1], à l’exception des crimes sanctionnés par la peine de mort.



3.

Les autres États musulmans, au nombre de 56 pays parmi les 196 pays du monde, font silence dans leur législation quant à la référence aux hudûd et ce sur la base de l’opinion qui considère notre temps comme une période de doute généralisé (shoubha ‘ama) et en se référant à ce que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Évitez [l’application] des hudûd à en situation de doutes [en vous appuyant sur les doutes] ». De plus, les témoins juridiquement valables pour établir les crimes qui impliquent l’application d’un had sont depuis longtemps introuvables. Ainsi, At-Tanûkhî rapporte dans son livre Mishuâr al-muhâdara que naguère le juge entrant dans un village y trouvait jusqu’à quarante témoins parmi ceux dont on pouvait être satisfait de leur témoignage, puisqu’ils réunissaient les deux qualités du témoin légal : la rectitude morale (al-‘adâla) et la clairvoyance (ath-thabt). Or, actuellement - c’est-à-dire du temps de At-Tanûkhi - le juge en arrivant dans une contrée ne réussit à trouver qu’un témoin ou deux [ayant les qualités exigées]. Pour ce qui est de notre époque, de façon générale, elle peut être qualifiée également d’une époque où le témoignage (juridiquement valable) est introuvable.



Par ailleurs, enquêter pour établir la vérité qui impliquerait l’application du hadd ne fait pas partie des méthodes de la sharî’a. Mâ’iz s’était accusé lui-même et le Prophète (PBSL) s’en était détourné à quatre reprises. Par la suite, il l’a renvoyé à sa famille qui peut-être témoignerait qu’il était faible d’esprit ou fou. Il a cherché par la suite d’autres échappatoires (makharij). Quand finalement, il (Mâ’iz) est revenu sur ses aveux au moment de l’application du hadd, le Prophète (PBSL) a dit à Omar : « N’auriez-vous donc pas pu le laisser partir [sans lui appliquer le châtiment] ? ». Les savants en ont déduit la permission de revenir sur les aveux dans les questions qui concernent un droit parmi les droits de Dieu, mais non pas dans les cas impliquant un des droits des êtres humains. De même, le Prophète (PBSL) n’a pas questionné Mâ’iz sur l’autre partie impliquée dans l’acte illicite, c’est-à-dire la femme, et n’a même pas cherché à l’identifier ne serait-ce que pour compléter l’investigation judiciaire. Ibn Sheiba rapporte d’après Abu Bakr, Umar et Uthman que quand on leur apportait un voleur, l’imam lui disait : « As-tu volé ? Dis : non. » !



Ainsi donc, comme nous l’avons déjà mentionné, le texte (juridique) concernant les hudûd sert fondamentalement comme indication de la gravité du péché commis, qui est ainsi considéré comme un acte répréhensible et un des grands péchés (kaba’ir) méritant un grand châtiment. Il s’agit de dissuader les gens de les commettre, tel que spécifié par le Coran : « Voilà ce dont Dieu menace Ses serviteurs : ‘Ô mes serviteurs, craignez-Moi donc !’ ». Concomitamment au hadd, il y a aussi le contrôle social, produit de la culture ambiante, qui renforce la gravité de ces types de péchés, en mettant à la marge (de la société) celui ou celle qui les pratique en public ou s’en glorifie. Par ailleurs, la sharî’a a ouvert les portes du repentir et a même commandé la protection (de la sphère privée) dans plusieurs textes du Livre et de la Sunna.



8.

Nous avons invoqué ce qui précède comme réponse à l’initiative (l’Appel au moratoire) et considérons que cette question, sous sa forme actuelle n’est pas urgente et qu’elle n’est pas première dans l’échelle de nos priorités actuelles. Au contraire, le fait de la soulever à l’heure actuelle est plus nuisible que profitable.





Et Dieu est le plus Savant.

 


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