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Sunday, February 13, 2005

L’aube a toujours représenté pour moi un moment très singulier, celui par lequel tout commence, tout renaît. Plus d’une fois, je me suis retrouvé assis en tailleur sur le sable humide du bord de mer casablancais, le dos tourné à l’Atlantique, un goût d’écume entre les lèvres, les paupières closes, attendant patiemment que le soleil venu d’Orient ne caresse mon visage de ses rayons. Dans la luminosité naissante, je me perdais dans l’imagination des temps et des lieux que ce soleil avait couvés des siècles durant. J’essayais d’imaginer son parcours, de revivre le cours de l’histoire. Bercé par le ressac des vagues, je me projetais dans des rêveries lointaines, dans les temps anciens.
Les temps où les Lumières arabes s’étendaient du Machreq au Maghreb. Les temps où Oqba Ibn Nafi suivait le chemin du Couchant pour l’ouvrir à ses armées. Armées de cavaliers, de chevaux, de chameaux, de bâtisseurs, d’architectes, d’artistes, de médecins, de docteurs de la loi, de philosophes, de bédouins du Hedjaz. En une vague chargée de certitudes, elles déferlaient sur les vallées, les plaines, les montagnes, les fleuves, pour recouvrir de nouvelles terres, conquérir de nouvelles âmes et propager le message de paix du Livre.
Les temps où Mussa Ibnou Nussayr entreprit de prolonger cette conquête, confiée à Tarik Ibnou Zyad, dans cette Andalousie sublime où arabes et berbères connurent leur apogée plus de sept siècles durant. Les temps plus reculés où Nabuchodonosor II fit construire les jardins suspendus de Babylone. Dans cette Byzance de la Mésopotamie, capitale du monde pendant trois siècles jusqu’à Alexandre le Grand, la deuxième merveille du monde aujourd’hui introuvable trônait tel un Eden sur le berceau de l’humanité.
Ce matin, je suis retourné juste avant l’aube sur la côte casablancaise, à proximité du mausolée de Sidi Abderrahmane, et j’ai à nouveau tourné le dos à l’océan. J’ai fermé les yeux, mais au sentiment de sérénité d’autrefois se sont substitués des frissons d’effroi. Les rayons venus de l’Est ont laissé place à un écho sourd provenant de Mésopotamie, traînant derrière lui des bruits de bottes, des cris d’enfants, des hurlements de femmes, l’agonie d’innocents quittant la vie sous l’impact des bombes, trop coupables d’être nés sur une terre gorgée d’or noir, trop coupables d’être devenus une clé résolument stratégique d’un Moyen-Orient en recomposition. Le soleil ne se lève plus à l’Est, il s’y éteint désormais dans " le choc et l’effroi ", il n’est plus vie, seulement feu et flammes.

 
posted by Amine at 1:52 PM |


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