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Saturday, January 07, 2006


Rome, un dimanche d'Automne 2005.
Nous arrivons à la Piazza Di Spagna par la via Sistina en fin de matinée et nous attardons à regarder les portraitistes s'affairer. Il fait froid mais quelques rayons de soleil parviennent à se faufiler entre les nuages et à nous câliner la peau.

Nous flânons quelques minutes, et reprenons notre promenade en direction de la Villa Borghese. Sur notre chemin, nous marquons un arrêt face à la Villa Medici, qui abrite l'académie de France à Rome. Dominant la Ville Eternelle depuis les hauteurs du Pincio, cette majestueuse demeure a hébergé d'illustres écrivains, architectes, plasticiens, musiciens, historiens, photographes, qu'ils aient été pensionnaires ou simplement conviés à y présenter leur oeuvre. Degas, Berlioz, Fragonard, Debussy, Ingres, Balthus y ont résidé. Avec la réforme Malraux en 1971, et la suppression du prix de Rome, la Villa Medici est devenue plus que jamais un refuge d'artistes où le temps et les soucis pécuniaires importent bien peu.
Une gigantesque affiche sur la façade principale attire notre attention: "Perdre la tête", de François-Marie Banier qui y expose une partie de son oeuvre jusqu'au 9 janvier 2006. La photo de l'affiche est sublime (cf en infra). Nous décidons de retarder notre programme de visites de la journée et pénétrons dans cette majestueuse demeure.
Les photos, exclusivement en noir et blanc, sont réellement sublimes, hors du temps, à tel point que l'on doute de la date des clichés exposés. Il y a dans l'oeuvre de Banier une réminiscence de Doisneau et de Cartier-Bresson, à la différence que sa photographie est moins structurée. Elle reste néanmoins assurément spontanée, capturant le temps sans le figer dans l'instant. Qu'il s'agisse de portraits ou de paysages, ses scènes sont en perpétuel mouvement. Le sujets vont des stars de cinéma, des écrivains, au passant anonyme saisit sur le vif, à une vieille dame courbée devant les néons de Pigalle, au SDF oublié à l'angle d'un trottoir, au retraité épuisé sur sa canne et peinant à traverser une rue.
L'artiste est présent, un appareil photo Leica au bout d'une sangle suspendue négligemment sur son épaule gauche. Il est volubile à l'excès, exubérant, parlant fort avec des visiteurs, mélangeant le français, l'italien et l'anglais dans ses dialogues. "Si si grazie mille, tutti es molto bene, t'es un amour, come back tomorrow". Nous l'abordons, le félicitons pour son oeuvre et nous apprêtons à lui demander de nous dédicacer un de ses ouvrages que nous venons d'acquérir. Il est plutôt sympathique et avenant. Son téléphone sonne, il s'excuse, le décroche, pose sa main gauche sur son rein, se cambre en arrière, lève sa main droite dans un lent geste elliptique vers son oreille et hurle:
"Allooooo? Oh ma chérie comment vas-tu? Si si molto bene, je suis à Rooome, pour mon expo. Si si, je suis content, c'est vraiment super, tout se passe très bien. Paris demain? Je ne sais pas ils me retiennent ici, on verra... je t'appelle ce soir okay? Bisous bisous, si si , bisous bisous, je t'embrasse, au revoiaaaaaaar!"(...) "Excusez moi c'est terrible, ça n'arrête pas de sonner. Vous avez aimé l'expo alors? Vous venez d'où?"(...)"Ah Barcelone c'est vraiment génial! Vous aimez Gaudi?"(...)"Ah vous êtes du Maroc? J'aaaaaddddoooorrrre le Maroc, quel pays, non vraiment, quel pays! La lumière est unique au Maroc, pour un photographe, c'est le pied! J'ai même un petit riad à Marrakech, tout petit petit. Oui oui, c'est sublime! La Palmeraie je déteste, trop snob!"
Je lui demande si je peux le prendre en photo, il accepte, son téléphone re-sonne, je le mitraille de clichés (cf photos en supra).
Il insiste alors pour qu'on en reprenne une ensemble. Un visiteur nous prend donc en photo, tous les 3, dans une belle accolade. Il en profite pour me tripoter l'épaule puis descend la main pour me serrer le biceps droit. Ca me fait gentiment sourire. Il demande à ma muse: "c'est ton frère?". Elle éclate de rire. Elle aussi a compris le petit jeu, elle lui répond que non, que notre relation est plutôt d'ordre "marital". Une petite déception affichée dans le rictus, il lui dit en me regardant. "Ah mais il a des ondes très positives, ça se sent, regarde moi ce garçon!"(...)"Tu aimes la photo?".
Oui, j'aime la photo, passionnément, charnellement.
Ce fut une belle rencontre.
L'exposition s'achève ce lundi.
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"Je cherche des monologues. Comme le médecin qui pose son stéthoscope sur votre coeur, je fixe mon objectif sur ce quie st le plus parlant, qui ne passe pas toujours par les mots. Pour dire le charme, transcrire la vérité de l'être.
Je quadrilel, je photographie chaque jour. Je pars à travers Paris, ou ailleurs, sans idée précise. La rue est le meilleur reflet du monde actuel, avec ses mélanges, ces souffrances qui tiennent encore debout, ou à peine, ou plus du tout.
Généralement l'autre comprend très vite que ma vision est avant tout recherche, C'est dans le sentiment que l'autre expsoe, j'allais dire renferme, que je trouve son identité.
Ce qui m'attire chez les êtres, c'est le roman en eux, leur inextricable complexité dont ils s'arrangent quand même, pour exister. M'attire la douleur, la séduction, l'usure, la difficulté d'être. Que je détecte un sentiment de solitude, d'inquiétide, de je-m'en-foutisme, de plénitude, une indicible joie, je travaille. Je me sers de la lumière intérieure de l'autre our éclairer ma photo.

Je préfère que l'autre ne soit pas conscient de ma présence. Sauf à la dernière seconde : le courant passe, souvent , par le regard. Enfant, bossu, croyant, vieillard, ils savent que ce qu'ils trimballenent est l'expressiond e milliers de combats, de sentiments, de réactions à la vie, du temps qui fut le leur, et qu'une ligne contient tout ça. Ils savent qu'ils participent à un rythme mystérieux, implacable, inexplicable, déplaisant pour eux-mêmes quelques fois dans le miroir,
Ce que je n'aime pas montrer, c'est ce que l'autre exhibe, qu'il croit satisfaisant. Or ce qu'on aime chez l'autre, il ou elle n'en est pas conscient(e). C'est le principe même de l'amour. La beauté, c'est l'autre. L'autre total. L'autre lavé de tout cliché, de tout a priori, hélas souvent pris dans les griffes d'une société qu'il ne comprend pas et le lamine.
Perdre la tête, parce qu'o oublie tout de soi et du monde face à l'autre qui vous absorbe et que vous allez rendre par une image de cet instant unique: la rencontre avec un monde total. "
Extraits du catalogue, entretien avec Martin d'Orgeval, commisaire de l'exposition.
 
posted by Amine at 2:30 PM |


5 Comments:


At 1/08/2006 01:03:00 AM, Blogger Loula la nomade

Sacré chanceux! Amine, je t'envie habiter Barcelone et visiter l'Italie, que demander de plus!
En plus, t'as du succès:-)
Je vais faire un tour du côté de ton blog photo avec l'espoir de découvrir de nouveaux moments immortalisés.

 

At 1/08/2006 02:59:00 PM, Blogger Foulla

Amine,oaw!!c tres joli,vraiment..j'aime beaucoup..pas seulement ce que tu racontes mais ta facon de raconter est tellement simple et refreshing..
merci de partager ..

 

At 1/10/2006 02:48:00 PM, Anonymous Bsima

Aidak Mabrouk

 

At 1/10/2006 10:25:00 PM, Anonymous Anonymous

héhé--- comme koi ce travail a du bon... rome, bcn... la vida e bella! esperoq que tengas el melocoton!
bises
:-)
k.

 

At 1/11/2006 06:33:00 PM, Blogger Amine

Loula> :-)

Foulla> Merci à toi, et merci à ta mention sur mon blog dans ta chronique

Bsima> Egalement... G envie de Boulfaf...:-(

Anonymous> K., porfa busca tu contraseña tío! No fuimos allí para mi curro, solo un fin'de durante un punente, me habías llamado cuando estabamos allí, te acuerdas? Cuidate.

 


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