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Tuesday, May 16, 2006
Il y a 3 ans, le 16 mai 2003, Casablanca était frappée par la terreur.
J'avais publié la chronique qui suit dans l'édition de juin 2003 de Version Homme, numéro 11.

Lorsque le téléphone retentit au milieu de la nuit, on pense forcément à une mauvaise nouvelle, aux siens, aux proches, au pire. Une voix affolée au bout du fil, haletante : "appelle vite le Maroc, c'est terrible, il y a eu un drame ce soir, des attentats à Casablanca, il y a des morts". Je pense d'abord à une mauvaise blague, à un mauvais rêve, ce n'est pas possible, ça ne peut pas être vrai, pas au Maroc. J'allume la télévision, la radio, rien sur le sujet, seulement de la musique et les flashs d'informations entendus quelques heures plus tôt qui se répétent en boucle sur différents médias, quand finalement une dépêche de l'AFP est reprise sur les ondes: "Le Maroc rattrapé par le terrorisme international". Je mets du temps avant de comprendre, de réaliser que le pire est vraiment arrivé. Ma ville blanche a été souillée, frappée par la haine et la terreur. Elle est cette nuit le théâtre d'une pièce macabre. Ce sont des marocains qui ont été visés, des marocains qui ont été tués, des innocents qui ont quitté la vie parce que la folie extrémiste en a décidé ainsi.
Plus tard dans la nuit, les première images commencent à apparaître à l'écran, bien réelles. Des images d'horreur, insoutenables, crues, des flaques de sang, des lambeaux de chair sur le sol, des regards hagards, des visages blêmes sur les lieux des attentats, des cibles faciles.
Les premiers témoignages des journalistes locaux en liaison téléphonique avec les rédactions des chaînes étrangères apportent quelques premiers éclairages sur cette sombre nuit. Je me perds dans un tourbillon de sentiments vindicatifs. Puis je prends conscience qu'il est inutile de nourrir la haine, nécessaire de ne pas offrir aux terroristes la réaction recherchée, de ne pas se laisser intimider. Ils n'altèreront pas d'un iota l'amour et la foi inébranlables que nous devons conserver pour notre pays, nos valeurs, nos racines, notre identité. Le Maroc modéré, tolérant, uni, ne doit pas freiner sa marche vers la modernité. Je m'interroge alors qur les retombées d'une telle boucherie, sur les réactions à venir des opinions internationales : ce 16 mai entrera-t-il dans l'histoire de notre pays comme notre 11 septembre à nous? Dans les prochains jours, des voix s'élèveront-elles pour clamer à l'unisson "nous sommes tous des marocains"?
Le lendemain matin, je suis à nouveau réveillé par le téléphone. Un couple d'amis français m'appelle pour prendre des nouvelles et m'exprimer leur solidarité. "Tu sais, on hésitait entre plusieurs destinations pour nos vacances cet été. On a bien réfléchi, et on a décidé de ne pas apporter d'eau à leur moulin. On ira au Maroc, et on passera par Casablanca".
Amine, Juin 2003, Version Homme #11
 
posted by Amine at 9:00 PM |


2 Comments:


At 5/17/2006 06:30:00 AM, Blogger Najlae

Je me souviens tres bien de cette chronique.
Pour moi,c'etait ma mere qui m'avait reveillee,poussant la porte de ma chambre et criant: "l2irhabiyine! ils ont attaque la "Casa espagnole". Pour moi,la casa espagnole referait a un resto au coin de la rue. Dans mon esprit endormi,j'ai imagine une armee de barbus a mitraillettes sortant les gens de leurs maisons. J'ai vu en une seconde la terreur,la peur,l'insecurite,les cris dans la nuit dont tu parles.
Je crois que c'etait un choc que je n'ai jamais voulu admettre. D'ailleurs,je me suis rendue compte que je n'avais jamais rien ecrit comme article sur ce sujet.
Ca ne suffit pas de descendre dans les rues et dire qu'on est tous des Marocains. C'est sympa a entendre mais c'est que dalle. Les reformes sont necessaires,en profondeur. Ne nous voilons pas la face.

L7dite twil...

 

At 5/17/2006 01:56:00 PM, Anonymous kamal

Nous sommes des marocains... qui ne débattent pas de l'avenir de leur pays, ni du présent d'ailleurs...

 


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