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Thursday, February 09, 2006
Des clichés, des stéréotypes, des a priori raciaux en tout genre, telle est la matière première de Crash qui nous livre une vision aigre-douce et lyrique d'une Los Angeles prétendument colorée mais atrocement sombre.
Crash s'inscrit dans la lignée de films tels que Short Cuts, Magnolia ou encore American Beauty, et nous dépeint une radiographie glauque et sans complaisance de cette Amérique réputée ouverte et tolérante de la côte Ouest.
A ceux qui se nourrissent d'illusions en essayant de se convaincre que l'Amérique est un merveilleux Melting Pot, Paul Haggis assène un rappel à l'ordre cinglant. Car il se veut plutôt le défenseur de la théorie du Salad Bowl: les ingrédients sont dans le même bol, mais tout comme l'huile adossée à l'eau, ils ne fusionneent jamais.
Deux voleurs de voiture afro-américains. Une famille de WASP aisés, le mari procureur et l'épouse histérico-raciste mais pitoyable sous les traits inattendus d'une Sandra Bullock inconnue jusqu'alors dans ce registre. Deux inspecteurs de police, amants, incarnés par un Ron Cheadle dépité et une Jennifer Esposito cible de tous les amalgames. Un serrurier mexicain victime de stéréotypes en tout genre, à commencer de la part d'un épicier Iranien déboussolé dans ce monde qui n'est pas le sien. Un policier raciste rehaussé d'une touche d'humanisme interprété brillamment par Matt Dillon, aux antipodes d'une jeune recrue initialement vierge de tout préjugé sous les traits d'un Ryan Philippe excellent, mais encore trop rare sur le grand écran.

Ces personnages, révélés dans un casting idoine, vivent tous à L.A., et en 36 heures vont voir leurs vies se croiser dans un enchevêtrement singulier qui ne peut laisser indifférent. Derrière cette fresque pluri-ethnique, se cache une réflexion dépourvue de manichéisme sur la mégalopole californienne fracturée. Haggis ne s'érige pas en donneur de leçon, il se contente de placer le spectateur face à ses propres préjugés. Et c'est là toute la finesse de cette oeuvre.
Assurément, il ne s'agit pas ici d'American Dream. Le jeu de mot est trivial, mais on en ressort plutôt avec un goût d'American Scream.

(Warning: ce Crash dont je parle n'a rien à voir avec le lugubre Crash de David Cronenberg).
 
posted by Amine at 2:30 AM |


6 Comments:


At 2/09/2006 03:17:00 AM, Blogger Loula la nomade

Salut Amine,

Quel bonheur que le visionnement de Crash, j'ai été tellement ébranlée que je l'ai visionné 8 fois. C'est l'un des meilleurs films de cette année. Ce qui est magnifique dans le traitement du sujet est comment nous humain pouvons changer de comportement, comment nos rancoeurs, nos craintes peuvent "justifier" nos actions, nos discours. Paul Haggis, Canadien, a percé avec deux écritures choc, The Million Dollar Baby et Crash. C'est aussi le regard du Canadien (ils le restent tous dans leur coeur les Canadiens) issu d'une société avec un idéal multiculturel. J'ai adoré ce film. Contente que tu en parles.

 

At 2/09/2006 08:04:00 AM, Blogger Najlae

J'ai adoré ce film, fort et vibrant. En revanche, pour une fois, je ne pense pas que don cheadle était parfait pour son rôle. dunnow why. en tous cas, it's beautifully crafted and directed.

 

At 2/09/2006 02:12:00 PM, Anonymous Bsima

Une question, je vais le trouver f soui9a ou paS?

 

At 2/09/2006 03:13:00 PM, Anonymous Sam Lowry

Ce film est boulversant. L'illustration de cette planète qui vit ensemble sans se voir, les préjugés que les gens nourrissent sur ce qu'ils méconnaissent, qui finissent par les bouffer, les conduisent à se faire une guerre absurde. L'homme dual peut devenir un héros un jour et le lendemain un criminel par ses actes. Le réalisateur pousse l'Homme dans ses retranchements sans complaisances, il dresse un portrait juste de son égoïsme.

 

At 2/14/2006 06:10:00 PM, Blogger yasmina

Un film très très fort qui nous pousse à réfléchir.... On y voit des images amputées de toute hypocrisie ... Chaque "tableau" est une collision qui nous apprend à regarder au delà des préjugés et fait éclater nos modèles de conformisme.... Ma phrase préférée est celle de Matt Dillon et qui résume tout le film: « Tu crois savoir qui tu es, mais (…) ».

 

At 2/15/2006 06:24:00 PM, Blogger Amine

Loula> content que tu en soies contente :-)
Najlae> Porkoi pour Don? Je l'ai trouvé pas mal, c'est un autre registre que Ocean 11&12 ou Rwanda...
Bsima>à Rabat, pas sûr, il n'y a pas assez de choix :-) A Casa, clairement que oui (Derb Ghallef) :-)
Sam Lowry> 100% d'accord.
Yasmina> C tellement vrai cette phrase... merci de la rappeler :-)

 


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